Quelques souvenirs de Michel
Hardelay, concernant les soirées, la plage et le port
"Au soir de ce 8 juin nous apprîmes ce qui devait devenir
le rituel du crépuscule: une pièce d'artillerie
antiaérienne tirait un obus fumigène à
un point dégagé du ciel, si possible à
dix mille pieds, puis chaque batterie se réglait sur
cet obus fusant haut qui fournissait la direction et la vitesse
du vent. C'était le moment où il fallait mieux
avoir un toit au-dessus de sa tête. Enfin on procédait
à la mise en place des ballons de barrage.
En cas d'orage nocturne, les ballons, comportant une toile
métallisée et reliés au treuil par un
mince câble d'acier, faisaient office de paratonnerre
et il était vivement conseillé de s'écarter
du treuil.
Si un avion ennemi était détecté par
les radars de recherche, un signal sonore se faisait entendre
et tous les projecteurs, à terre comme ceux des navires
en mer s'éteignaient en même temps. En effet
les débarquements se poursuivaient de nuit comme de
jour sous une lumière artificielle qui illuminait le
ciel et devait se voir de loin, si je me réfère
à celle du port d'Arromanches, visible de chez moi."
"Le vendredi 9 juin je décidai, quoique cela était
interdit, de descendre voir ce qu'il était advenu
des restes de notre villa.
Je trouvai deux soldats en haut de la falaise qui, quoique
surpris, me laissèrent passer. Ils avaient une jeep
dans un renfoncement qui avait dû être creusé
au bulldozer et semblaient être préposés
au guidage des barges. Un grand panneau, implanté dans
la falaise et sur lequel était peint un nombre de deux
chiffres, devait donner un repère aux navires et il
existait de tels panneaux tous les trois cents mètres.
Je pris le sentier de descente; le réseau de barbelés
qui le barrait à mi-descente avait été
coupé et bientôt j'arrivai dans ce qui avait
été le salon d'été; quatre hommes
étaient en train, à l'aide d'un marteau-piqueur,
de faire des trous de mine dans les murs, sous les ordres
d'un sous-officier. J'allai vers celui-ci et lui dis que j'avais
l'intention de reconstruire sur les murs existants. Il arrêta
aussitôt le travail de ses hommes qui rangèrent
leurs outils et partirent avec lui faire sauter la maison
voisine.
"Au début de la semaine suivante je fis, à l'occasion
de quelque paperasse de la mairie dont je n'ai pas le souvenir,
connaissance du colonel Witcomb qui dirigeait les services
du 11th Port au château de Vierville. C'était
un homme charmant, parlant le français à la
perfection, et qui me prit en amitié.
autorisation
donnée à Michel Hardelay pour entrer
dans le PC du 11ème Port au château
de Vierville